Course UTMB Nice


Vendredi matin, on y est. Avec un pote, Antoine, on prend le bus de l’organisation de l’UTMB, direction Auron, le départ de la course. Le trajet nous permet d’admirer le paysage et, en même temps, je me rends compte à quel point les montagnes sont imposantes ; cela me change des monts de Nouvelle-Calédonie. C’est impressionnant, voire intimidant.


Arrivés, je pose mon sac d’allègement et nous rejoignons des amis de longue date, Alex et Cécile, ainsi que deux de leurs amis. Nous serons trois à faire cette course : Alex, Nicolas et moi-même.


Cette fois-ci, nous y sommes, le départ est imminent. Étrangement, maintenant que le top départ approche, le stress laisse place à la concentration. C’est parti, on s’élance. Le temps est juste exceptionnel : beau, chaud mais pas trop.


On commence par un premier tronçon d’environ 8 km, plutôt roulant, où je prends le temps de m’échauffer tranquillement. Puis, passé le village de Saint-Étienne-de-Tinée, on s’engage sur un monotrace et la pente commence à s’intensifier. Je sors mes bâtons et… mince, un des bâtons ne veut pas se verrouiller. J’avance avec un seul bâton tout en essayant de verrouiller le deuxième. Je finis par m’arrêter sur le côté et m’acharner sur ce loquet jusqu’à ce qu’il daigne se verrouiller. Une fois réglé, je me réinsère dans la file de coureurs sur ce monotrace et reprends sereinement le fil de la course.


J’aimerais aller un tout petit peu plus vite, mais tenter de doubler risque de me griller pour la suite ; alors je reste dans la file et monte au même rythme que les autres. Je vais rester sur cette cadence sur les 11 km de montée pour atteindre l’altitude d’environ 2 700 mètres. La vue est superbe.


Les ravitos sur le parcours semblent bien achalandés, avec tout ce dont on a besoin, et même plus.

Je ne reste pas longtemps, reprends le sentier et continue à en prendre plein les yeux. Je me sens bien.


La perspective depuis les tunnels est électrisante : on se demande ce qu’on va découvrir à sa sortie 🙂

Et pour le coup, on n’est pas déçus.

Je prends beaucoup de temps à profiter de ce paysage, un peu trop peut-être, mais bon, c’est aussi pour ça que je suis là, alors je profite.

L’aurore m’offre un spectacle extraordinaire ; je m’octroie deux minutes. Je m’assois jusqu’à la disparition du soleil.

Bon, je suis quand même ici pour faire une course, alors c’est reparti.

À peine le temps de saluer le soleil que la lune décide de se montrer, et non sans élégance. Je sens la fatigue arriver, en me demandant comment je vais vivre cette nuit sur les pentes du Mercantour.

La nuit est là, c’est une toute autre ambiance ; les frontales des concurrents me montrent le chemin. C’est impressionnant.

Maintenant, place à la descente. Le sentier devient plus technique, je ne suis pas à l’aise sur les descentes techniques, d’autant qu’on n’est plus sur un sentier : j’ai l’impression qu’on traverse des prairies, alors je fais attention.

Je pensais que cette partie était technique, mais ce qui suit est d’une autre dimension. Cette fois-ci, on est bien sur un sentier sinueux avec un dénivelé très fort. Malgré tout, les chaussures accrochent bien, je suis plus à l’aise et j’augmente ma vitesse, allant même jusqu’à doubler. Un exploit pour moi en descente.

Et ça va être ainsi toute la nuit : des montées et descentes interminables, mais au fil des kilomètres on finit par revoir les mêmes têtes plusieurs fois, on échange quelques mots et on reprend notre cadence en fonction de nos variations de niveau de forme.

Dans la nuit, je me rends compte que je suis proche du temps limite ; il faut que je fasse attention. Je sais déjà que mon objectif de 40 heures n’est pas possible. Mais je continue, je suis fatigué mais les jambes ne montrent aucun signe de faiblesse, c’est pourtant ce que je craignais au départ.

Après un coup de mou en fin de nuit, j’accueille avec joie le jour qui se lève.

À 7 h, j’arrive au ravito de Saint-Sauveur-de-Tinée, après 65 km de course. Je commence à faire le plein d’eau et à manger. Je me prépare à prendre mon sac d’allègement pour changer de chaussures et, en échangeant avec des concurrents, je constate qu’ils sont en mode speed, et pour cause : il ne reste que 5 minutes avant la barrière horaire… coup de stress. On oublie le changement de chaussures, je prends juste mon power bank car mon smartphone est déchargé — merci l’appli UTMB — et je repars.

Sur les kilomètres suivants, j’arrive à reprendre un peu de marge sur le temps limite. Mais les orteils commencent à me faire mal, les ampoules se forment, ainsi qu’une douleur à la malléole externe du pied droit.

J’arrive maintenant sur une pente raide : 800 m de dénivelé sur 3 kilomètres. Cela me rappelle un versant du Mont-Dore sur lequel je m’entraîne. Donc je sais que cela va puiser dans mes réserves, et le manque de sommeil se fait vraiment sentir.

Arrivé en haut, je n’ai d’autre choix que de faire une petite sieste. Je décide de faire une sieste de 10 minutes, je règle le réveil et en moins de 2 secondes, je m’endors. Bilan de l’opération : je vais dormir 25 minutes, je n’ai pas entendu le réveil. Bon, là, au niveau du temps limite, ça commence à être limite pour le coup.

Je repars, mais les orteils me font de plus en plus mal. Je m’arrête pour m’occuper de mes ampoules quand je vois deux personnes de l’organisation qui ramassent les balises… Ils m’informent que je suis très juste, mais que le ravito suivant n’est pas très loin. Je remets mes chaussures et fonce au ravito. Je passe la barrière horaire 30 secondes avant… Ouf. J’y échappe encore cette fois, mais là c’était juste.

Pour le coup, cela m’a réveillé. Je ne me fais pas d’illusions, mais je tente quand même le coup et repars sur un bon rythme. Je rattrape des concurrents sur une partie roulante, ce qui relance ma motivation. Le soleil se couche alors qu’on s’engage sur une descente plutôt technique, très rocailleuse. Les pieds n’apprécient pas du tout. Je ralentis de plus en plus. Je ne suis plus très loin du prochain ravitaillement, mais je sais maintenant que j’y serai trop tard.


C’est étrange comment le corps réagit : dès l’instant où je sais qu’il n’est plus possible de passer la barrière horaire, je me fais une raison et termine la descente tranquillement. Le ravito atteint, c’est officiel : je suis hors délai.

Au final, je suis quand même content : j’ai battu mon record de distance, de dénivelé positif et de dénivelé négatif.

il ne reste plus qu’à préparer le prochain défi et ça sera également un 100 miles 🙂

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